Barbe à papa : peut-on mettre les émotions en conserve?

 

Conservation et appertisation


 

La société de consommation veut tout mettre en boîte. Pratiques, stockables, transportables, les conserves offrent de nombreux avantages dont les consommateurs ne se privent pas. Les techniques d'appertisation ont permis de conserver les aliments. Ces techniques, véritables savoirs faire domestiques et industriels ont modifié les modes de vie, tout comme elles ont contribué à faire évoluer la consommation d'aliments en conserve. L'accélération de la vie quotidienne a en effet eu pour conséquence pour le consommateur de trouver dans la conserve un moyen pratique pour remédier au moins occasionnellement au manque de temps, ou de varier sa consommation en achetant des conserves d'aliments exotiques ou qui ne sont pas de saison. Certes les qualités organoleptiques en souffrent parfois mais l'amélioration et la diversification des techniques de conservation donnent aujourd'hui des résultats satisfaisants.
Tout ou presque se conserve. Tout au presque se laisse mettre en boîte... même la barbe à papa.

Souvenirs de l'Est...

 

Quel délice que cette barbe à papa qui colle entre les doigts. Quels souvenirs et ambiances lorsque enfant j'allais avec mes parents ou mes copains profiter des plaisirs qu'offrent les fêtes foraines, les foires, les kermesses ou les braderies ? La magie du geste rotatif du forain pour enrouler lentement ces filaments délicats, colorés et ouatés autour d'une tige de bois. Bien sûr jamais loin, les gourmands pouvaient jeter un regard envieux sur les pommes d'amour rutilantes et provocantes. Ces impressions et ces émotions sont fortes et la consommation de barbe à papa reste étrangement associée à des situations particulières de fête. La consommation se construit dans l'expérience de la situation et de son caractère inhabituel. 

Comment peut-on faire entrer la barbe à papa dans une petite boîte et la faire pénétrer dans le quotidien de la vie domestique au même titre que n'importe quelle autre friandise?


 

Rendez moi mes émotions. Je ne veux pas qu'elles soient mises en conserve.

L'idée d'enfermer la barbe à papa dans une petite boîte et de lui donner la possibilité de voyager dans un caddie, dans une valise m'est insupportable. Tout autant que de voir la barbe à papa être consommée devant la télé comme tout autre "junk food" me donne la nausée.

La consommation expérientielle est exigeante. Elle est souvent une consommation sous contrainte car elle ne peut généralement pas s'affranchir de situations particulières, inhabituelles mais aussi pourquoi pas rituelles. C'est à ce prix qu'elle offre des émotions, des images ou des souvenirs inoubliables. Vouloir réifier la conservation des émotions paraît si vain et ne peut que conduire à la banalisation du produit. A quand les pommes d'amour sous blister? 


Quelques références:
- Holbrook M.B., Hirschman E.C. (1982), The experiential Aspects of  Consumption: Consumer Fantaisies, Feelings and Fun, Journal of Consumer Reseach, 9, September, 132-140.
- Holt D.B. (1995), How Consumers Consume: A Typology of Consumption Practices, Journal of Consumer Research, 22, 1, 1-16.